[2010/03 Mumbai]

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Episode 1 : Le paradoxe de Mumbai
Texte & photos par Thierry Vincent - Tous droits réservés


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Située sur la côte ouest de l'Inde - appelée côte de Konkan, bordée par la Mer d'Arabie, Mumbai, aussi appelée Bombay, s'est développée sur l'île de Salsette. Ceinturée par les eaux, la ville n'a eu d'autre choix que de s'étendre sur des terrains principalement sablonneux et/ou constitués de remblais.
Mumbai est la cinquième plus grande ville du monde, la capitale économique et la ville la plus peuplée d'Inde. A elle seule elle génère 5% du PIB, représente 1/4 de la production industrielle nationale et 70% des transactions de capitaux de l'économie indienne (sources : Mumbai Metropolitan Region Development Authority et City & Industrial Development Corporation of Maharashtra Limited). Cette importance économique fait de Mumbai un Eldorado à l'indienne ou l'ont vient de toutes les régions du pays pour devenir riche ou (et)  célèbre...  Nombreux sont celles et ceux qui veulent devenir une star de Bollywood, l'industrie du cinéma local dont le rythme de tournage impressionant en fait la plus productive au monde.

Malheureusement, dans la "city of the life in the fast lane" (que je traduirait par : "la ville où l'on vit à 100 à l'heure"), tous les rêves ne se réalisent pas et l'homme le (presque) plus riche du monde (Mukesh Ambani par exemple), lorsqu'il s'abaisse à traverser la ville au niveau du sol, dans sa Rolls Royce, et quand il a la rare courtoisie de s'arrêter au feu rouge, se tient souvent à côté du plus pauvre... M. Ambani a ainsi tout loisir de contempler ce qui contribue pour beaucoup à sa fortune : la main d'œuvre extrêmement bon marché, celles et ceux qui vivent à la limite du seuil de pauvreté et peuplent de gigantesques bidonvilles qui jalonnent le parcours routier allant d'une tour de 30 étages flambant neuve aux prochain quartier d'affaires. Parce que Mumbai c'est aussi (et surtout ?) ça : un gratte-ciel, un bidon-ville, un autre gratte-ciel, un autre bidon-ville, Etc, Etc.

THV_BOM_09Heureusement, à Mumbai, pauvreté ne rime pas forcément avec misère. Ainsi, au cœur même de la ville se trouve Dharavi, deuxième plus grand bidonville d'Asie, entre 700 000 et 1 million d'habitants (Source : Frédéric Landy, L'Inde ou le grand écart, La Documentation photographique n°8060, nov. déc. 2007). Les 223 hectares que couvrent Dharavi sont convoités par de nombreux promoteurs immobiliers. Les projets se multiplient mais les habitants de Dharavi résistent. Ils ne veulent pas de la rénovation, Ils sont chez eux. Leur ville-dans-la-ville est composée d'un réseau complexe de quartiers, d'échoppes, d'écoles, de mosquées, temples hindouistes et églises... Ils ont leur propre industrie qui exporte ses produits dans le monde entier et surtout leurs loyers peuvent descendre jusqu'à 4 US$/mois !

Mumbai, plus que toute autre en Inde, est la ville du paradoxe. Les plus hauts gratte-ciel y toisent les plus grands bidonvilles, les hommes les plus riches y croisent les plus pauvres, des foules colossales d'inconnus y adulent une poignée de stars. On y vit à 100 à l'heure... Bloqué dans les bouchons interminables d'un trafic routier aussi chaotique que titanesque, assis sur la banquette arrière d'un vieux taxi - ou d'un autorickshaw - noir et jaune...  Et pourtant, Mumbai c'est la ville où tout est possible, où qui veut bien travailler dur a une chance de bâtir sa fortune. C'est pour ça que le monde entier vient à Mumbai, les petits travailleurs comme les plus grandes marques internationales. Et Mumbai tient (presque) toutes ses promesses. Et Mumbai se développe, vite. Et Mumbai avance avec succès sur le chemin de l'économie de marché et grandit, grandit, grandit, les yeux rivés sur les exploits de ses héros Bollywoodiens... Mais fermés sur les difficultés (les limites ?) que rencontrent actuellement les modèles économiques européens et américains. Mumbai ne connaît pas (encore) les affres du chômage, les crises industrielles ou bancaires... Mumbai n'a pas encore de réelle conscience environnementale, prononcez le mot "écologie" et, au mieux votre interlocuteur vous demandera combien ça peut rapporter, au pire il vous regardera incrédule, jettera les restes de son Mac-Do par la fenêtre de sa Mercedes (vu de mes yeux) et passera son chemin. Comment tout cela va-t-il tourner ? Demain n'existe pas encore, donc demain tout est possible et a Mumbai il y a encore tant à faire. Je crois que ma génération elle même est responsable de ce qu'une ville comme Mumbai deviendra et je pense que moi-même, comme beaucoup d'autres, je verrai de mes yeux  ce que deviendra cette mégapole : Un Paradis, ou un Enfer.


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ENGLISH VERSION

Episode 1: The Mumbai Paradox

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Located on the west coast of India - called the Konkan coast, bordered by the Arabian Sea, Mumbai, also known as Bombay, has developed on the island of Salsette. Surrounded by water, the city had no choice but to expand on sandy and / or reclaimed lands.
Mumbai is the fifth largest city in the world, the economic capital and largest city of India. It represents 5% of GDP, is 1 / 4 of the national industrial production and 70% of capital transactions of the Indian economy (source: Mumbai Metropolitan Region Development Authority and City & Industrial Development Corporation of Maharashtra Limited). Such economic importance makes Mumbai an Indian Eldorado, one come from all over the country to become rich or (and) famous ... Many are those who want to become a Bollywood star, the local film industry which impressive shooting pace makes it the most productive in the world.

Unfortunately, in what many call the "city of the life in the fast lane", all dreams will not materialize and when the world's (almost) richest man (eg Mukesh Ambani) comes down at ground level and dares to cross the city among us mortals, and when, sitting at the back of his Rolls Royce, he has the rare courtesy to stop at the traffic light, often stands in side of the poorest ... Mr. Ambani has plenty of time to contemplate what contributes greatly to his wealth: an extremely cheap labor force, who lives on the edge of poverty and populates huge slums that line the course road from a 30-storey tower next to brand new business district. Because Mumbai is also (especially?) That: a skyscraper, a slum, another skyscraper, another slum, Etc., Etc..

THV_BOM_09Fortunately, in Mumbai, poverty does not necessarily mean misery. Thus, in the heart of the city lies Dharavi, the second largest slum in Asia, between 700 000 and 1 million inhabitants (Source: Frederick Landy, India or the splits, photographic documentation No. 8060, November December 2007). The 550 acres that cover Dharavi are coveted by many developers. The projects are increasing but the people of Dharavi resist. They do not want to renovate, they are at home. Their city-within-the-city is composed of a complex network of neighborhoods, stalls, schools, mosques, Hindu temples and Christian churches ... They have their own industry, which exports its products worldwide, and their rents can go down to U.S. $ 4 / month!

Mumbai, more than any other in India, is the city of paradox. The highest skyscraper will stare the largest slum city, the poorest man looks into the eyes of the richest, huge crowds of nobodies worship a handful of stars. In Mumbai, one lives life in the fast lane ... Stuck in an endless traffic jam, sweating in the backseat of an old black and yellow taxi - or auto-rickshaw ... Yet Mumbai is the city where everything is possible, the one willing to work hard really has a chance to build his fortune. That's why the world comes to Mumbai, the little workers like the biggest global brands. And Mumbai keeps (almost) all its promises. And Mumbai grows, fast. And Mumbai walks successfully on the path of market economy and grows and grows and grows, eyes riveted on the exploits of its Bollywood heroes ... But closed on the difficulties (the limits?) that meet the European and U.S. economical models ... Mumbai does not know (yet) the horrors of unemployment, industrial and banking crisis ... Mumbai does not have any real environmental conscience, say the word "ecology" and at best you will be asked how much it may yield, at worst one will incredulously stare at you, lay the remains of one's Mac-Do menu by the window of the Mercedes (seen with my eyes) and move on. How all of this will turn? Tomorrow does not exist, therefor tomorrow everything is possible and in Mumbai there is still so much to do. I think my generation itself is responsible for Mumbai's future and I think that, like many others, I wil see with my own eyes what will become of this megacity: A Paradise or  a Hell.
 
 
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